Le journal de bord d’Annabelle .

Journal de bord d’Annabelle en heure locale.

Suivez jour après jour, le quotidien d'Annabelle Kremer de Strasbourg à Dumont d'Durville!  Retrouvez aussi la géolocalisation de l'Astrolable via Google Map sur le site de l'IPEV, vous pourrez ainsi visualiser les points d'avancé du bateau: Géolocalisation des navires IPEV

Annabelle via son journal de bord, nous propose ici un focus sur le fonctionnement de la recherche dans toutes ses dimensions et sur l’environnement Antarctique : le changement de faune et des paysages au cours de la traversée de l’océan austral (biodiversité et environnement) ; des interviews de chercheurs et d’hivernants ; - les aspects concrets de la démarche scientifique sur le terrain - les conditions de vie sur la base dans ses dimensions techniques (alimentation en eau, gestion et approvisionnement des vivres, traitement des déchets …), logistiques (entretien des machines et outils scientifiques) et humaines (vivre en collectivité dans un milieu extrême, conditions de sommeil…) ; - les métiers associés à la recherche scientifique.

Rappel: Pour visualiser les images en grand, il vous suffit de faire "Clic droit" puis selectionner "Afficher l'image"

Un autre regard: Retrouvez aussi le journal de bord des équipes de TF1 LCI, parties avec Annabelle en Antarctique: http://www.lci.fr/sujet/la-mission-terre-adelie/

A Dumont D'Urville, il est : © Décalage horaire

Repère Lundi 20 février 2017

Le retour est déjà bien amorçé!

Journal du vendredi 10 février 2017

Pour vous donner encore quelques nouvelles avant mon départ, je partage avec vous ce que je viens d’apprendre sur le terrain. J’ai suivi à l’instant François et Yohann pour des mesures absolues manuelles du champ magnétique. Je campe le décor : François est un VSC - un volontaire au service civique – recruté par l’IPEV pour ses compétences en informatique. A ce titre, il intervient sur plusieurs programmes et notamment sur celui de l’EOST de Strasbourg (ah l’Alsace !) pour lequel il relève des données sismiques et réalise chaque jour des mesures absolues du champ magnétique. Yohann est également un VSC recruté par l’IPEV  pour  ses  compétences  en  électronique.  Il  entretien  et  répare  de  nombreux  instruments destinés à recueillir des mesures scientifiques ici. Aujourd’hui, il assiste François dans sa tâche. On va où ? Au village amagnétique, composé de refuges (ou shelter) qui abritent un théodolite et un variomètre. On va donc au shelter « magn » et   au   shelter   « vario »   pour   faire   une « mesabs » comme on dit ici !

 

Le   « village   amagnétique » :   des abris  isolés  des  bâtiments principaux

Etape 1 : s’habiller chaudement, en ôtant tout objet métallique qui pourrait perturber la mesure du champ magnétique. S’agripper à tout ce qui traîne sur le chemin : rambarde, corde, ses camarades … ! Il fait -1°C, ressenti -12°C en raison du vent qui souffle à 115km/h avec des pointes à 183 km/h. Le vent souffle violemment la neige du sol qui vient nous fouetter le visage. Je comprends pourquoi Yohann et François ont délaissé les lunettes pour passer au masque …

François prêt à partir :

Etape 2 : François récupère dans un abri proche du shelter « magn » un  magnétomètre qu’il va relier à une sonde (bobines) qui est fixée au théodolite

Etape 3 : nous rentrons tous les trois dans le shelter « magn ». C’est là que François va réaliser des mesures absolues manuelles du champ magnétique. Pour quoi est-ce pertinent de le faire à DDU ? Eh bien parce que le pôle Sud magnétique, bien qu’il se déplace, est situé relativement près de la base :   DDU    constitue    le    plus   proche observatoire du pôle Sud magnétique au monde. François branche le magnétomètre à la sonde fixée à un théodolite. Ce dernier est   un instrument optique de mesure des angles, une sorte de rapporteur de précision comme disent mes camarades. Il va servir à positionner la sonde dans l’espace lorsque celle-ci va transmettre au magnétomètre la valeur du champ magnétique à un instant t. D’ailleurs, cet instant, c’est Yohann qui le note : il a devant lui une horloge calée sur le temps universelle fourni par les satellites (les mesures sont prises dans tous les observatoires de la même manière, heure UTC). Le champ magnétique est une quantité vectorielle. Ici, on mesure les composantes X, Y et F du champ magnétique soit : la composante Nord du vecteur (X), la composante Est du vecteur (Y) et l’intensité totale du vecteur (F). Ce n’est pas une mesure mais toute une série de mesures que François effectue : pour minimiser le risque d’erreurs, il faut répéter plusieurs fois la même opération.

Yohann note scrupuleusement les valeurs tout en relevant l’heure.

Le travail débute par l’étalonnage de la sonde puis, pour  positionner  correctement  celle-ci  dans l’espace, François vise une balise dont l’azimut référence est connu. La balise ou cible choisie est positionnée sur le bâtiment de glaciologie. Les mesures    absolues    peuvent    alors    commencer : mesures de X puis mesures de Y avec la tête de la sonde tantôt placée vers le bas, tantôt placée vers le haut   pour   éviter   tout   problème   de   parallaxe. Yohann relève minutieusement les valeurs indiquées par le magnétomètre (microtesla). Il faut terminer le travail  en  reprenant  les  étapes  précédentes :  une visée de balise, la mesure en X puis en Y et pour finir un étalonnage de fermeture pour s’assurer que le dispositif n’a pas bougé entre le début et la fin des mesures. Cela garantie la fiabilité des résultats !

Image à gauche : pointage   de   la   cible,   vu   du théodolite. A droite : un exemple de cibles réparties sur la base.

Etape 4 : Avec François nous nous rendons dans l’abri qui contient le variomètre. Celui-ci mesure des variations du champ magnétiques. A l’intérieur, nous passons une seconde porte : c’est un abri dans l’abri en quelque sorte. Le variomètre est très sensible aux variations de température (et aux objets métalliques  bien  sûr !),  il  faut  donc  l’isoler  mieux  que  n’importe  quel  autre  instrument.  La température ambiante est d’environ 10°C. François s’y rend aujourd’hui pour vérifier les niveaux à bulles de l’instrument afin de s’assurer qu’il n’a pas trop bougé. Il effectue cette observation une fois par mois.

L’ensemble des mesures et relevés effectués sont transmises à l’Ecole et Observatoire de Science de la Terre de Strasbourg. Si, à l’occasion, vous passez en Alsace, vous pourrez visiter les instruments cités ici au Musée de sismologie et de magnétisme de la ville de Strasbourg. Et pour plus de renseignements sur  le fonctionnement des observatoires  scientifiques, il  faut  s’adresser à Aude Chambodut de l’EOST qui dirige le programme de recherche geomagnetic/obs 139 IPEV !

Retrouvez le CV de Aude sur le site de l'EOST : https://eost.unistra.fr/recherche/ipgs/dgda/dgda-perso/aude-chambodut/cv/

Nous rentrons, poussés par le vent, au bâtiment Geophy. Je repense aux paroles de Christian Didier, le plombier de DDU : « avec ce vent, quand tu te déplaces, tu ressembles à un poussin de skua. Tu fais ta recroquevillée en oubliant de faire ta combattante par rapport à cette force climatique si dominante ici ! » Effectivement j’ai l’air d’un poussin tout rabougri et tout congelé !

Après le dîner, on s’octroie une petite pause pour préparer la soirée « Verdure » qui aura lieu demain. Il s’agira de venir déguisé à l’heure du repas samedi soir !

 

Annabelle et Guillaume se sont livrés à un gros travail d'investigation en allant à la rencontre de celles et ceux qui rendent la vie sur base et la recherche scientifique possible. Ils sont en ce moment entrain d'élaborer de belles et riches fiches métiers pour chacun d'eux.

Aujourd'hui on vous présente en photos:

  • Audrey Kerloc’h Assistante coordination scientifique
  •  Anouchka Krygelmans Gestionnaire de collection au MNHN et plongeuse
  • Anne Gaëlle Venne Poste Lidar à DDU - Physicienne de l’atmosphère Hivernante de la TA 66.  Son  blog: https://enterreadelie.wordpress.com/
  • Christian Didier, Plombier-chauffagiste de campagne d’été
  • Pierre Emmanuel Fabre Médecin généraliste hivernant de DDU
  • Bastien Prat, électro-technicien de centrale électrique
  • Joël Dollet, Cuisinier Hivernant TA 66
  • Guillaume Zaletto, Technicien en télécommunications pour l’IPEV
  • Jérémy Lasmartres, Hivernant Pâtissier-boulanger à DDU.

 

Pour se rendre compte de la diversité des métiers sur place, découvrer l'onglet "recrutement" et fiche "postes à pourvoir" sur le site de l'IPEV en cliquant ici

Journal du 6 au 8 février 2017

Je me hâte de vous donner quelques brèves nouvelles, un peu dans la précipitation. Le rythme de travail est intense ces derniers jours. Je tâche de recueillir encore le maximum d’informations avant mon retour en Tasmanie sachant que la date précise de l’embarquement sur l’Astrolabe n’est pas connue. Elle dépend bien évidemment des conditions météorologiques et tout est possible ici !

Dimanche soir dernier, des rumeurs de départ imminent circulaient sur la base. Il fallait se tenir prêt à partir rapidement. C’était un peu l’effervescence : chercheurs et techniciens colisaient leur matériel dans de grandes malles destinées à retourner en France. Le bateau était pris dans le pack à plus de 130 km de la base, il était hors de question dans ces conditions-là de faire de multiples aller-retour en hélicoptères pour décharger le bateau et ramener sur la base les colis de vivres et surtout les 70 m3 de fuel attendus. Côté logistique, on envisageait donc le départ précipité des campagnards d’été (Rotation 3 avancée) et le report du transport de fuel et de vivres. Par chance, dans la nuit, le vent de Sud-Est a contribué à l’ouverture du pack. Lors de la réunion d’information qui se tient tous les lundis matin à 8 heures, Patrice Godon, responsable logistique de l’IPEV sur la base, nous annonce avec un certain soulagement que l’Astrolabe est parvenu à se frayer un passage dans le pack. Il va terminer son trajet à environ 65 km de DDU ce qui rend possible le déchargement des vivres et du fuel. Depuis mardi, les sorties en hélicoptère s’enchaînent. Environ 17m3 de fuel ont déjà été transportés depuis le bateau. Malheureusement, la météo des prochains jours n’est guère encourageante : le vent va se lever !

Mardi est la seule journée ensoleillée et sans vent de la semaine. On en profite avec Guillaume Lecointre pour réaliser le fameux gnomon pour l’école de Willer sur Thur. C’est LE moment ou jamais ! Nous installons le petit dispositif bricolé sur le toit du bâtiment Géophy. Chaque heure, de 9h à 20h, Guillaume trace l’ombre d’une allumette sur le papier. Un joli petit cadran solaire ; mission accomplie ! On se hâte aussi – au cas où le moment du départ est avancé – de tamponner les quatre-vingt enveloppes à envoyer en France et d’y glisser un petit mot. Cela nous prend la matinée entière. Guillaume s’attèle à une expérience sur les vêtements en extérieur, demandée par les enseignantes d’une école : il relève sa température corporelle entre la peau et les divers habits fournis par l’IPEV, un par un, puis tous ensemble afin de comparer l’efficacité thermique des différentes couches de vêtements. J’ai froid – ou trop chaud – pour lui !!!

Pour ma part, je poursuis mes enquêtes de terrain : aujourd’hui, je m’intéresse au LIDAR d’Erwan, un laser destiné au suivi de l’évolution de la concentration d’ozone stratosphérique.

Erwan d'ailleurs vous conseille :

"L'évolution de l'ozone atmosphérique
Le point en 2015
Coll. Académie des sciences"

Le soir, beaucoup en profitent pour se promener. La lumière est somptueuse et, avec le froid qui se durcit, contribue à accentuer le bleuté de la glace des bergs. Les tons rosés-violacés du ciel caressent leurs cimes et la Lune, éclatante et presque pleine, complète ce tableau féérique.


Mercredi, j’ai effectué mon second service base toute la journée. Cette fois-ci, j’étais accompagnée de mon collègue Guillaume et de Rémy, un des électrotechniciens de la base. Chaque service-base est différent, d’une part parce que les travaux à effectuer ne sont pas les mêmes d’un jour à l’autre de la semaine (la fois dernière j’effectuais mon service un jeudi), d’autre part parce que les trinômes en service changent, l’ambiance est donc forcément singulière ! C’est une excellente journée qui démarre en musique au séjour avec le son de l’aspirateur ou du lave-vaisselle en fond. Avec Rémy, nous nettoyons de fond en comble les deux gros frigidaires du séjour tandis que Guillaume passe la serpillère. Après avoir vidé les poubelles de tri du séjour, nous partons en direction du bâtiment 75 dans lequel sont stockés et conditionnés les déchets qui repartiront pour l’Australie ou la France. Nous séparons les plastiques, l’acier, l’aluminium, le verre, les déchets composites. Nous prenons ensuite le gros Toyota à quatre roues motrices pour emporter les papiers et les cartons à l’incinérateur. Rémy me confie les clés du véhicule : le volant à gauche c’est vraiment marrant !

La journée se termine dans la bonne humeur et avec l’aide de tous. Il faut dire que le buffet « soupe de poisson – crudités/charcuterie » s’est un peu éternisé. Ce soir, nous avons tous discuté plus que de coutume et le trinôme de service base – qui prend généralement ses repas avant tout le monde – s’est mêlé aux échanges ce qui a retardé la fin de service. Etienne vient en renfort pour nettoyer les tables, Erwan, Dorian, Audrey et Camille nous donnent un coup de main pour débarrasser et faire la vaisselle. Merci à eux !
Le vent a soufflé fort toute la nuit. A 1h du matin, je décide de mettre mes bouchons d’oreille pour réussir à m’endormir !


Ce matin, jeudi 9 février, c’est un peu une base fantôme. Très peu de monde circule sur les passerelles, les hélicoptères sont à l’arrêt ainsi que les techniciens. Le vent souffle en rafales jusqu’à 125km/h et il fait -3°C, ressenti -17°C. Et d’après les météorologues, cela va encore se corser ! Le départ sur le bateau, ce n’est probablement pas pour ce week-end ! Wait and see !

Le seul poussin de Manchot Adélie survivant sur la base. Presque tous les adultes ont quitté DDU. Sa survie est fortement compromise.

En savoir plus avec l'article co-écrit par Guillaume Lecointre et Annabelle Kremer "Actualité. 2017 : une année catastrophique pour les manchots !" disponible sur le blog du MNHN

Dimanche 5 février 2017

Nous sommes en attente du bateau qui devrait arriver demain. Le pack ne s’est pas ré ouvert pour l’instant, ce qui laisse présager un déchargement du fioul et un chargement des personnels en hélicoptère à plus de 100 km de la base… Long et délicat …  Plusieurs personnes sur la base sont en train de coliser : elles préparent les malles techniques et scientifiques qui devront repartir sur le bateau. L’Astrolabe repartira vraisemblablement de DDU entre le 13 et le 15 février…

Tiens : on m’apprend que je vais avoir une nouvelle colocataire de chambre. Je prépare le lit situé au-dessus du mien pour accueillir Kozue Shiomi, une ornithologue japonaise. Le dialogue ne va pas être simple mais on se comprendra par les gestes !

La minute d’après, sur le poste de travail juste derrière le mien, Martin m’interpelle : de la neige à DDU, tu veux voir ? Incroyable en effet ! Je vous montre ... !

Photos prises en novembre 2016 :

-     à gauche, la salle de sport : quand on dit qu’il faut fermer les fenêtres à DDU !!

-     à droite, le séjour sous la neige

 

Samedi 4 février 2017

Le matin c’est encore du travail d’écriture … L’après-midi, c’est la traditionnelle « manip vivres » qui permet de faire passer de main en main de quoi nourrir la base durant une semaine. Comme d’habitude, on se poste tous à la queue leu-leu  entre le magasin +4°C et le séjour, puis entre le magasin -20°C  (vivres congelés + sous magasin » sec » pour les produits d’hygiènes) et le séjour. Mais aujourd’hui, une autre manip va nécessiter quelques bras. Nous sommes une vingtaine à se porter volontaire pour la « manip câble » ! Il s’agit de tirer un câble depuis le vieil abri en bois Marret situé près du Dortoir d’été à 400 mètres du bâtiment informatique-électronique de la base. Le bâtiment commence à s’affaisser et le répartiteur téléphonique qu’il abrite doit être démonté et rebranché un peu plus haut. On s’affaire une petite heure, dans la joie et la bonne humeur, sous l’œil inquisiteur des skuas qui ont leurs nids sur la trajectoire du chemin à emprunter …

  Abris du Marret. On tire 400 m de câble.

Victoire ! Yoann sort le câble à Géophy !

En fin de journée, nous réalisons nos premiers sténopés. Doris nous montre comment préparer nos bains photo : le révélateur, le bain d’arrêt et le fixateur. Il nous transmet  les  gestes méticuleux  à  adopter.  A  nous  de jouer :  premiers  « tests »  en  pleine  nature  pour  la plupart. Avec François et Steven, on se hasarde à faire une photo en intérieur. Nous choisissons la centrale et ses  groupes  électrogènes  pour  une  ambiance mécanique ! Mais nous évaluons mal le temps de pose. Le petit orifice à l’avant de la boîte est si petit que le temps de pose photo est généralement compris entre 15 et 45 secondes en extérieur. En intérieur, avec une lumière néon jaune et fade, il fallait compter 10 minutes de pose photo alors que nous n’en avions prévu qu’une seule … On ne se laisse pas abattre pour autant. Demain on réessayera !  D’ailleurs,  Martin  le  charpentier,  François  l’informaticien  et  Nicolas  le  chaudronnier  viennent  de confectionner leur propre sténopé (de gauche à droite sur l’image ci-dessous). Bravo les gars pour cet appareil photo collaboratif !

  

Vendredi 3 février 2017

Je vais observer Jérémy, le boulanger-pâtissier, au travail dans sa cuisine. Il fait des croissants et des petits pains au chocolat. Miam ! Il prépare aussi des babas au rhum pour ce midi. Re Miam !

Faites la connaissance du boulanger de DDU en téléchargant la fiche métier pdf de Jérémy.

Je poursuis également mon travail d’écriture et essaye de trouver une solution avec François et Yoann, mes camarades informaticien et électronicien du bâtiment Geophy, pour rendre possible la réalisation d’un gnomon pour l’école de Willer sur Thur. Cela fait plus de quinze jours que le vent est trop important pour placer le dispositif en extérieur. On bricole un support stable mais je crois bien qu’il faudra encore attendre pour avoir à la fois suffisamment de soleil et peu de vent si je me fie aux prévisions de nos trois météorologues ! Dans l’après-midi, je m’octroie une pause d’une heure en salle de sport. Vélo elliptique et étirements sont les bienvenus ! D’autres font du ping-pong ou de la course sur un tapis. Il faut dire que les conditions ne sont pas vraiment satisfaisantes pour se dégourdir les jambes en balade. La banquise est  trop fragile par endroits et il reste peu d’itinéraires qui ne soient pas désormais interdits à la traversée.

En fin de journée, après le dîner, je rejoins un petit groupe qui s’est inscrit à un atelier photo animé par Doris Thuillier de l’IPEV. Il nous apprend ce qu’est un sténopé.  Il  s’agit  d’un  appareil  photo  très  simple  basé  sur  le  principe  de  la chambre noire ou camera  obscura donc se servait déjà  le peintre  hollandais Johannes Vermeer au 17 ième siècle pour produire l’effet de perspective sur certaines de ses toiles. Doris a confectionné une petite boîte carré en bois, étanche à la lumière, d’environ 25 cm. C’est un minuscule trou percé à l’avant de celle-ci qui nous servira d’objectif. La lumière qui y passe à travers va impressionner du papier photographique photosensible. Le résultat recherché n’a rien à voir avec une photographie numérique. Le négatif obtenu offre une image en noir et blanc plutôt « veloutée » que nette, une image difficilement reproductible deux fois !                                              

Mercredi et jeudi 1 et 2 février 2017

J’avance dans mes comptes rendus sur le suivi des programmes scientifiques et sur les aspects humains et techniques de la base. Certains articles me demandent sept heures de travail et je m’empresse de faire vérifier et valider le contenu par les spécialistes scientifiques ou techniques avant de pouvoir vous  les  envoyer  en  France.  J’ai  passé  le  plus  clair  de  mon temps  devant l’ordinateur donc … mais je ne suis pas seule dans le bâtiment Geophy ce qui rend  ce  genre  de  travail  plus  agréable.  J’ai  quand  même  pris  le  temps d’observer le conditionnement des pièges remontés par l’équipe Revolta : 11 plaques, recto-verso, superposées sur chacun des 6 pièges récupérés qu’il faut à présent étiqueter, photographier, mettre en alcool et ensacher avant envoi pour  analyse  au  MNHN  de  Paris.  C’est  une  petite  chaîne  de  travail  qui s’organise à la Criée autour de Marc, Anouchka et Jérôme.

Anouchka prend en photo chaque plaque

Et puis, le mercredi c’est le traditionnel jour du goûter ! Cette fois, le pâtissier nous a préparé de délicieux cakes et cookies pour 16 heures. C’est la pause conviviale de la journée. Jeudi soir, comme toujours c’est la soirée scientifique. Jérôme et Anouchka nous font partager leur travail. Jérôme nous parle de plongées polaires et Anouchka nous fait rêver avec ses plongées tropicales en Papouasie !

Solène et Erwan adorent les cookies !

 

Mardi 31 janvier 2017 - Bon vent petit ballon!

Ce matin, à 9h, une nouvelle occasion m’est offerte de lâcher un ballon-sonde. Il faut dire que mon premier lâcher n’avait pas été une prouesse : le ballon-sonde avait éclaté vers 12 000 mètres (or les données météos à recueillir doivent s’échelonner de 0 à au moins 18 000 mètres d’altitude). Alexandre, Vincent et Philippe, les trois météos hivernants de DDU me laissent donc une nouvelle chance ! 1h30 plus tard, le verdict tombe : le ballon s’est élevé à 23 000 mètres. Pour récompenser mes progrès, les météos me délivrent un joli diplôme !

L’après-midi, je m’intéresse au programme d’Elodie Schloesing mené avec l’IPHC de Strasbourg. Elle s’occupe d’une colonie de manchot Adélie sur la base.  Malheureusement  le bilan  est catastrophique !  La  colonie  Antavia  (du  nom  du programme   de   recherche)   comptait   300 individus et aujourd’hui il en reste à peine 12… Des individus erratiques, il n’y a plus aucun couple ni aucun poussin … Elodie décide d’aller sur une autre île de Pointe géologie : l’île Mauguen sur laquelle une antenne GPS a été posé il y a un mois à peine. Cette antenne permet d’observer la dispersion des manchots transpondés c’est-à-dire équipés d’une puce de suivi.

Attention, passage d’Adélie sur la passerelle de détection !

Elodie s’assure du bon fonctionnement des équipements et fait un relevé des enregistrements stockés dans la valise GPS. Deux manchots seulement sont passés par là depuis un mois. Nous rentrons à Biomar (un laboratoire de biologie à DDU)  après une petite heure de marche sur la banquise. Elle m’explique en détail son travail à l’année. Elodie passera l’hiver à DDU parmi les manchots Adélie et les manchots Empereurs qu’elle équipera soit de logger soit de transpondeurs et sur lesquels elle effectuera plusieurs prélèvements  (prise de sang, prélèvement de plumes etc…) qui seront analysés plus tard à l’IPHC de Strasbourg.

Lundi 30 janvier 2017 - The Birds !

J’accompagne Coline Marciau sur son terrain. Elle va passer une année d’hivernage à DDU et s’occuper du suivi des huit espèces d’oiseaux qui nichent sur les îles de Pointe Géologie.   Ce   jour-là,   elle   part   baguer   des poussins de skuas sur l’île des Pétrels (celle sur laquelle est présente la station de DDU). Nous nous munissons chacune d’un casque car les parents des poussins peuvent devenir très agressifs lorsqu’on s’approche de leur progéniture. Coline est d’un calme exemplaire malgré les cris continus et les attaques en vol piqué des skuas. On se croirait dans Les Oiseaux d’Hitchcock !                                                                                   Poussin de skua dans les bras de Coline :

Je prends ensuite le chemin de la Criée en contre   bas   de   la   station.   L’équipe   de plongeurs du programme Revolta s’apprête à récupérer  des  pièges  (récifs  artificiels) installés quelques années plus tôt et sur lesquels ils espèrent trouver une faune fixée riche et diverse. En fin de matinée, j’ai juste le  temps  de  les  voir  s’immerger  dans  le Chenal du Lion avec Olivier, un plongeur professionnel. L’après-midi, je les suis à proximité  de  l’Anse  du  Lion  où  ils  partent dans une petite embarcation pour démonter 2 autres pièges situés un peu plus loin.

Jérôme Fournier (Revolta) au premier plan. A l’arrière : Olivier Domenjoz plongeur professionnel avec l’un des pièges.

L’opération est une réussite : quatre pièges ont été récupérés aujourd’hui. Il n’en reste plus que deux, situés dans la Baie du large. Pour l’heure, il s’agit de préserver la précieuse récolte dans des bacs d’eau de mer à la Criée avant de pouvoir la conditionner en alcool et dans des touques pour un voyage jusqu’au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris où les échantillons récupérés seront analysés.

Samedi 28 janvier 2017 - Carnaval à DDU

Une journée de travail à l’ordinateur, rédaction d’articles et tri des données, rythmée par la traditionnelle chaîne des vivres à 13h15 et surtout par la préparation de la soirée Viking ! Ce soir on se déguise et mange une bonne raclette. Les images sont plus explicites que de longs discours ! La nuit est un peu agitée : le vent se lève (110km/h) et j’ai du mal à trouver le sommeil (j’aurai dû mettre mes bouchons d’oreille). Demain, c’est sûr, ce sera grasse mat !
Martin, le charpentier-couvreur de la base qui prend en photo mon environnement de travail de rédaction et celui de Guillaume dans le bâtiment Géophy. Il me dit que je travaille trop et qu’il est temps de prendre l’air ! Il a raison ! Finalement, on fera un détour par le séjour où Jérémy, le pâtissier, a préparé une délicieuse crème de caramel au beurre-salé.

27 janvier 2017 - #AntarctiqueLive!

En matinée, je me suis rendue à la centrale de la base.
C’est LE bâtiment-clé de DDU ! C’est en effet là que sont produits l’électricité, le chauffage et l’eau douce. Cyril, second chef centrale m’explique le système de co-génération de manière très pédagogique (ce qui est fort appréciable pour quelqu’un comme moi qui ne connait pas grand-chose à la mécanique !). Les trois générateurs de la base produisent l’électricité grâce à des moteurs diesel (9 cuves de gazole sont prévues à l’extérieur de la centrale pour alimenter les moteurs). Un des trois groupes électrogènes de la centrale
La chaleur issue des gaz d’échappement et du circuit de refroidissement des moteurs permet de chauffer la base mais aussi de bouillir l’eau de mer pompée en bas de la station. Environ 4000L d’eau de mer sont pompés chaque heure par la SPEM (station de pompage de l’eau de mer). Cyril me montre les cuves de gazole à l’extérieur de la centrale Lorsque cette eau de mer est évaporée dans la centrale, elle fournit de l’eau douce pour la consommation et les sanitaires (rendement d’environ 7 %) et la saumure qui, elle, est réinjectée dans des conduites de la base et protège celles-ci du gel (ou peut servir à faire fondre des congères qui se seraient accumulées sur les conduites).

 


Une heure et demi plus tard, je rejoins le site de plongée du programme Revolta. Il commence à neiger et le vent se lève. J’ai froid pour Jérôme et Anouchka … qui partent pour leur sixième plongée. Objectif : collecter des algues et des oursins à quelques mètres de profondeurs. Les specimens récoltés sont ensuite déposés à la Criée, un bâtiment de biologie marine où ils sont maintenus en vie dans des bacs d’eau de mer.
En fin de journée, je me prépare mentalement au grand direct avec Strasbourg ! Ce n’est pas rien ! Passer d’une vie en petite communauté, dans un milieu isolé, à une foule survoltée dans un amphithéâtre que je connais bien, à 20 000 km de là, demande une petite réadaptation à la vie « normale » (au moins dans sa tête !). J’espère pouvoir vous transmettre fidèlement la manière dont nous vivons tous ici. Le défi technique est à la hauteur de l’investissement d’une centaine de personnes qui ont oeuvré près de deux ans à la concrétisation de ce projet fou ! Ici à DDU, les collègues sont ravis de pouvoir vous présenter leur métier. Le direct a lieu à l’heure du dîner mais qu’importe : nombre d’entre eux a choisi de rester à mes côtés jusqu’à la fin de la transmission Skype. J’ai senti vibrer Strasbourg ! Magique ! Bravo les élèves pour votre énergie et votre joie communicative ! Nous l’avons bien ressentie ici à DDU ! Une belle image de ce qu’un collectif peut accomplir !

 

Une ambiance de folie, qui a inspiré les journalistes!

Article 20 minutes

Article France 3 Alsace

Article DNA

Article l'Alsace

CLIC'IMMERSION: Retrouvez ici, la galerie photo d'Annabelle "de l'autre côté de l'écran" et du défilé des corps de métiers de la base DDU: Télécharger le pdf "De l'autre côté de l'écran!"

 

26 janvier 2017 - Service base

Jeudi, j’étais de service base ce qui signifie que j’ai donné une journée de mon temps à la collectivité. Plus précisément, chaque jour un nouveau trinôme est désigné par le Dista pour nettoyer les parties communes et servir les repas en salle. J’ai démarré le travail à 8h00 aidée par Ludovic, plombier, et Antoine, chaudar. On commence par nettoyer les tables à l’issu du petit déjeuner. Puis on passe le balai ou l’aspirateur et la serpillère dans tout le
Le séjour de DDU en réfection. Le toit était initialement construit à l’aide de panneaux sandwich polyester / fibre de verre sur mousse rigide ininflammable de PVC de 80 mm comme le reste du bâtiment. Mais les intempéries ont dégradé la fibre de verre et l’eau commençait à s’infiltrer… Les charpentiers couvreurs viennent de finir de poser des tôles rouges galvanisées et plastifiées ! Bravo !


Le service base comprend aussi le tri des déchets (pas moins de 7 bacs de tri différents) et le nettoyage des sanitaires communs du séjour. Ensuite, nous avons épluché 10 kg de pommes de terre ! Quand l’heure du déjeuner approche, il faut dresser les tables, servir le repas en salle et faire la vaisselle. On peut ensuite s’octroyer une petite pause de deux heures. En milieu d’après-midi, Ludovic et moi sommes allés nettoyer les sols et les sanitaires du dortoir 42 tandis qu’Antoine s’est occupé du dortoir d’été en contrebas de la base. De retour au séjour, nous avons donné un petit coup de main au cuisinier : accommoder les restes de repas des jours précédents pour concocter un dîner. A 19h, les personnes arrivent pour un moment de convivialité : on se raconte notre travail de la journée d’un petit verre de vin blanc-cassis. On sonne ensuite la cloche à 19h15 pétantes : à table ! Nous terminons notre journée de service-base par la vaisselle. Ce soir-là, les trois météos sont venus en renfort, nous donner un coup de main. Il y avait particulièrement beaucoup de vaisselle et il fallait impérativement terminer le service à 20h30 pour permettre à Jean Baptiste d’animer « le jeudi de la science », un autre moment de convivialité où un scientifique fait une présentation orale de son travail de recherche – images et instruments à l’appui – devant l’ensemble des convives.
 

Mardi 24 janvier 2017 : Je pêche !

Je n’ai jamais eu l’occasion de pêcher dans ma vie, jusqu’à aujourd’hui ! Pêcher à 20 000 km de chez moi dans une petite « rivière » (anfractuosité) de la banquise comme on dit ici … Incroyable ! Ce sont les scientifiques du programme ICO²Taks, Jean Baptiste et Méline, qui m’ont proposé de les suivre à environ 1km de la piste du Lion. Nous avons marché sur la banquise, en tâtant par endroit avec le bâton de marche pour éviter de se déplacer sur une zone de glace trop fine qui pourrait céder sous nos pas … Nous sommes partis avec la radio et un sac de secours (corde, changes ..) obligatoires pour tout déplacement. Le temps était gris et il faisait froid car le vent s’était levé : - 2°C, ressenti -15°C. Pas vraiment des conditions idéales pour une première pêche, surtout quand il faut mettre l’appât au bout du hameçon avec des doigts gelés … Quel type d’appât ? Des spaghettis cuits ! Quatre pêcheurs à la ligne pour une récolte inespérée par ce temps : 11 petits Pagothenia borchgrevinki. Pour ma part, j’étais toute contente d’en avoir pris deux au bout de ma ligne ! Il a fallu les décérébrer sur place avec un couteau … Les Pagothenia sont de petits poissons des glaces cryo-pélagiques : ils se nourrissent de zooplancton (essentiellement des copépodes et des amphipodes) qui vivent à faible profondeur, juste sous la glace (et qui mangent eux-mêmes du phytoplancton, de petites algues fixées sous la banquise). De retour au laboratoire : prélèvements d’organes en vue d’analyses. Je mets la main à la pâte en disséquant mon premier poisson polaire ! Il faut consigner chaque opération dans le carnet de laboratoire :

 

- longueur totale de l’animal
- longueur standard (de la tête à la base de la nageoire caudale)
- poids total puis poids éviscéré
- poids des organes sexuels (gonade)
- taux de remplissage de l’estomac (évaluation du contenu
stomacal du poisson)
- sexe de l’animal et stade de développement
- prélèvement du foie, des muscles et du contenu stomacal
- prélèvement des otolithes situés sous le crâne, dans l’oreille interne (ce sont de petites concrétions calcaires qui
participent à l’équilibre de l’organisme dans son milieu).


Quelques autres photos de cette fin de journée du mardi 24 janvier :


Coline et Nathan reviennent de leur expédition de baguages des poussins de skuas ! Ils étaient obligés de se munir de casques, de masques et d’un bouclier pour faire face aux assauts des parents skuas, très agressifs quand il s’agit de protéger leur progéniture !
Récolte fructueuse pour Revolta ! Anouchka et Jérôme sont retournés plonger près du Lion. Ils ont pu prélever quelques échantillons à la main qui sont entreposés dans les bassins d’eau de mer de la Criée :

 

Clic'immersion: Antarctique, une explosion de vie - La Criée - Trier les spécimens récoltés

 

Nathan et Coline et leur bouclier! - une étoile de mer du genre Odontaster - un mollusque gastéropode du genre Marseniopsis (on l’appelle le « citron »)

Lundi 23 janvier 2017 : Plongée polaire

 

Le programme Revolta du MNHN peut enfin démarrer ! Anouchka Krygelmans et Jérôme Fournier, assistés de Marc Eleaume (directeur du programme) ont fait un essai de plongée. Vingt minutes dans une eau à -2°C jusqu’à 19 mètres de profondeur. Une première plongée polaire pour Anouchka qui s’en est très bien sortie et un aperçu de l’état de la biodiversité qui s’annonce intéressante. De retour à la base, je donne un petit coup de main au cuisinier : soixante oeufs – cocotte à préparer. Vous voulez la recette ? Prenez un petit ramequin, cassez- y un oeuf, saupoudrez d’une pincée de sel puis de poivre … Ajoutez une lichette de vin blanc puis de crème. Au four, à 180°C durant 3 minutes. Un délice ! Quand je vous disais qu’on mangeait bien à DDU !

 

Pour aller plus loin : Télécharger le résumé en pdf de la journée d'Annabelle avec les plongeurs en CLIQUANT ICI

Dimanche 22 janvier 2017 : Rotation

Retour en France de la Rotation 2 : Nous étions près de 90 personnes jusqu’ici. Nous voilà 59 à présent. Pour l’essentiel, ce sont des hivernants de la TA 66 qui nous ont quittés et quelques campagnards d’été ainsi que Michel Izard et Bertrand Lachat, les deux journalistes de TF1. Il y avait du monde sur les passerelles aux alentours de l’héliport … certains adieux ont été plus difficiles que d’autres ! Le séjour s’est vidé ; les repas sont moins bruyants désormais. Les attributions des chambres dans les deux dortoirs ont été modifiées : je suis relogée au 42 comme je le souhaitais. Ce dortoir est plus proche des programmes de recherche et des activités de la base. Je n’emprunterai plus le trajet à travers les gneiss et les granites … le long de la corde blanche, au milieu des manchots Adélie…

 

Samedi 21 janvier 2017 : Départ du Raid

Le temps passe vite et il me devient impossible de tenir un journal quotidien avec les différents programmes et activités à suivre. Je vous propose un petit retour en images des dernières journées ! Après avoir vécu le préacheminement du Raid, me voilà de retour à la station de Cap Prud’homme pour assister au départ du Raid ! Les dix participants du 61ième Raid sont partis à 14h15. Ils seront de retour dans trois semaines (10 jours pour rejoindre la base Concordia au Dôme C). Bonne route !

A ce sujet d'ailleurs, la Maison pour la science en Alsace vous conseille : La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage ed.Futuropolis: http://www.futuropolis.fr/fiche_titre.php?id_article=790354

 

19 janvier 2017 - Pré-acheminement du Raid. Récit d’une journée à la croisée de la technique, de la science et … de l’art.

Annabelle s'est particulièrement appliquée pour ce retour sur sa participation au Raid, afin de profiter au mieux de l'articulation entre images, informations, dialogues et témoignages, nous vous proposons de prolonger la lecture en format PDF en cliquant sur ce lien :

TELECHARGER: Préacheminement du Raid . Récit d’une journée à la croisée de la technique, de la science et … de l’art par Annabelle Kremer

18 janvier 2017 - Les règles de la vie sur base.

J’ai pris le temps de faire le tri dans la masse de photos, vidéos et interview qui commencent à s’accumuler. Je n’ai pas le temps de faire la synthèse de tout le travail déjà réalisé mais j’indexe et je stocke les données pour pouvoir les reprendre plus tard. Et comme toujours, je cours ici et là, au gré des scènes de vie et de recherche scientifique à saisir sur le vif ! J’ai l’impression de me transformer en reporter photo ! Tiens : un métier qui me plairait bien finalement !
Amusant : je me suis faite recadrée trois fois aujourd’hui ! Il y a des règles de vie en collectivité qu’il faut apprendre et respecter sans quoi c’est un rappel à l’ordre direct et immédiat qui vous est signifié. D’abord, c’est Audrey, qui m’a fait remarquer ce matin qu’il était fort désobligeant de fermer la porte de la salle de bain à clé puisqu’elle est commune (les douches et les WC étant eux-mêmes cloisonnés par des portes que l’on peut verrouiller). Elle a eu raison, bien évidemment … Je ne suis pas chez moi dans ma salle de bain (parfois on en rêve tout de même … et le rêve prend le pas sur la réalité !). Puis c’est le « surveillant hélico » qui me rappelle fermement de ne pas marcher sur les passerelles situées près de l’héliport durant les opérations d’hélitreuillage. Logique … Où as-tu la tête Annabelle ?! Dernier rappel à l’ordre au déjeuner : l’un de mes voisins de chambre me demande de n’échanger aucune parole dans le couloir du dortoir. Certaines personnes se couchent très tôt car elles ont un rythme de travail différent. Le couloir doit rester silencieux (même si certains ronflements se font entendre d’une extrémité à l’autre de celui-ci)
Bientôt l’heure du dîner de départ. Un grand méchoui oriental préparé par le cuisinier pour saluer tous les hivernants de la TA 66 (66ième année d’hivernage en Terre Adélie) qui s’apprêtent à regagner la France. Demain, c’est normalement ma journée de service base mais j’apprends que je suis missionnée à Cap Prud’homme toute la journée pour suivre la préparation du Raid, ce convoi hors norme qui va parcourir près de 1000 km dans des conditions difficiles pour ravitailler la base de Dôme C. Départ à 7h30, en hélicoptère – mon nouveau taxi désormais – pour découvrir les coulisses du pré acheminement de matériels et d’engins ! Heure du retour prévu à DDU ? Inconnue. Ici tout se fait sur le vif, souvent au dernier moment parce qu’il y a toujours de l’imprévu.

17 janvier 2017 - Glacier Cap Prud'homme

La vie se poursuit de manière agréable ici. J’identifie mieux les uns et les autres et surtout le métier exercé par chacun. Nous sommes encore plus de 80 sur la base et dans quelques jours, plus d’une trentaine d’hivernants et de campagnards d’été vont prendre le bateau pour repartir en France. Aujourd’hui, je me suis octroyée une petite « grasse matinée » en me levant à 8h15 … avec quelques courbatures ! Je dois préciser que j’ai passé sept heures sur le glacier l’Astrolabe la veille, en parcourant pas mal de kilomètres. Cette journée fut extraordinaire tant humainement - Emmanuel Le Meur est un glaciologue averti, d’une grande expérience et d’une grande générosité – qu’émotionnellement et professionnellement.
L’hélicoptère est venu me chercher ce lundi 16 janvier à 11h, direction Cap Prud’homme, une base située à 5 km de là, sur le continent (DDU est une île, c’est donc symboliquement la première fois que je vais réellement mettre le pied en Antarctique !). Cette base est à la fois le lieu stratégique où se prépare le Raid, grand convoi qui va parcourir plus de 1000 km en 10 jours pour ravitailler la base de Concordia, et le coin des glaciologues car le glacier l’Astrolabe est situé à proximité.
Je suis très bien accueillie à Cap Prud’homme. Emmanuel Le Meur me fait rapidement découvrir la base. Puis nous discutons science : écoulement du glacier, zone de fracture de la glace, ligne d’échouage des bergs … Je replonge avec délectation dans mes cours de géologie ! Il me présente ensuite le matériel dont je devrai m’équiper pour me déplacer sur le glacier : baudrier, mousqueton, corde, crampon, piolet. Je déjeune avec les 26 occupants de la base, pour l’essentiel des mécaniciens très spécialisés qui sont à pied d’oeuvre pour préparer les engins du Raid. L’ambiance est encore plus conviviale qu’à DDU : on mange très bien – comme à DDU- mais le groupe est plus petit et donc moins bruyant à table. 13h30 : l’hélicoptère vient nous chercher pour nous amener sur le glacier. Nous partons à quatre : Emmanuel, Charly – l’un de ses étudiants – Fabien, glaciologue, et moi-même.
Un pied sur le glacier : je n’ai jamais eu l’occasion de vivre une telle expérience ! Quel silence ! Et ce blanc éblouissant à perte de vue, qui se confond avec le ciel … Je suis au milieu de nulle part et c’est féérique. Une immense impression de sérénité m’envahit soudain … Je rêve toute éveillée que je suis dans un autre monde …On commence à s’équiper mais on attend le retour de l’hélicoptère qui nous dépose une caisse remplie de matériels en toutgenre : tarières, poulkas (de petites embarcations que l’on peut charger de matériel et tirer sur la glace), tronçonneuse, GPS, cordages … Il va y avoir du boulot sur le terrain ! Je vais en effet suivre la petite troupe dans un travail de maintenance et de réimplantation de balises GPS. Ces balises sont positionnées dans la glace et permettent de suivre le déplacement – l’écoulement – du glacier au cours du temps. Mais comme le glacier se déplace à la vitesse de 600 mètres par an, les glaciologues sont obligés de repositionner les balises au fur et à mesure afin de garder des mesures cohérentes ! Les poulkas chargées, on s’encorde par sécurité : tous nos déplacements se feront désormais en cordée de quatre. Je suis en troisième position, les deux glaciologues ouvrant et fermant la marche. Durant quatre heures, je vais assister au travail peu commun de ces trois hommes. Il faut d’abord dégager la balise englacée avant de pouvoir la réimplanter 600 mètres plus haut. Tronçonneuse, tarières, pelles et piolets sont à l’oeuvre : une musique inattendue se joue là-haut ! Images surréalistes de chercheurs qui s’activent dans un travail technique et de manutention, à l’autre bout du monde … Vers 17h45, le travail est achevé. Emmanuel nous propose une balade dans les crevasses du glacier. On ratera le dîner mais on s’en moque ! Trois heures pour découvrir la beauté de la glace, seuls dans les entrailles d’un géant posé là depuis des milliers d’années. Je rentre à DDU, le coeur rempli d’émotions multiples. Un très beau moment de ma vie. Je retiens mes larmes dans l’hélicoptère qui me ramène sur mon île …

 

Journal du 15 janvier 2017 - Base Dumont D'Urville

Ce matin, je regagne le bâtiment Météo pour assister au lâcher du ballon sonde. Ce dispositif permet d’acquérir quotidiennement des données de température, d’humidité, de pression, de direction-vitesse et force du vent, du sol à la stratosphère. Et quelle belle opportunité : c’est moi qui vais le lâcher dans les airs ! Ce matin, il a du vent, pas facile … mais le challenge est relevé ! Je fais ensuite le tour de tous les autres instruments de météorologie et ils sont nombreux.  Je prends des photos et des notes pour ne rien oublier !

CLIC'IMMERSION: Retrouvez le lâcher de ballon météo d'Annabelle en vidéo en cliquant ici: VIDEO DU LACHER DE BALLON!

 

Ici le temps est tout à la fois dense - du fait de la diversité et de la multiplicité des tâches à assurer – et relâché – du fait de la sensation d’être porté par le collectif. Les responsabilités de la vie quotidienne sont moins prégnantes en quelque sorte, car c’est une petite communauté qui agit par et pour elle-même … Tout ce qui se réalise ici dépend de la participation de tous. Et en particulier, aucun travail scientifique n’est possible sans le soutien des mécaniciens et des logisticiens ; aucune vie n’est possible sans le plombier  - qui vient d’ailleurs de réparer les toilettes du dortoir 42… - les professionnels de la centrale qui entretiennent la production d’eau et d’énergie, les pilotes d’hélicoptère assurent le transport des personnels et des vivres, le cuisinier qui nous régale et entretient le moral des troupes … pour ne citer que quelques-uns des métiers indispensables.

Promis, je vous enverrai davantage de photos les prochains jours !

Journal du 14 janvier 2017 - Base Dumont D'Urville

J’essaye de me fixer des priorités de travail mais elles sont bien vite déplacées  du fait des occasions qui se présentent en direct et qu’il ne faut surtout pas rater ! Le temps est très contracté ; je suis ballotée au gré des contingences logistiques et des opportunités de suivi scientifique  (raison pour laquelle je n’ai pas pu écrire mon journal durant trois jours…). Je profite par exemple de la présence des glaciologues basés à Cap Prud’homme - à 5 km de là - pour planifier techniquement mon déplacement sur le continent et avoir la chance de les accompagner sur le glacier l’Astrolabe. Ensuite, l’équipe du bâtiment Geophy (pour « géophysique) me propose de visiter la cave de sismologie enterrée sous la roche. Elle n’a pas été ouverte depuis plusieurs années. Elle renferme les sismomètres très sensibles aux variations de pression et de température. Je fais également le tour de l’abri – ou shelter – de sismologie qui contient le système d’acquisition des données sismiques générées par les sismomètres. Et peu à peu, je remonte ainsi toute la chaîne instrumentale depuis le recueil des données sismiques jusqu’à son traitement. En soirée, impossible d’écrire à nouveau … Trop de photos et de vidéos à indexer et à archiver et des synthèses à rédiger pour ne pas me retrouver submergée par le flot d’informations reçu. J’élimine aussi, petit à petit, les photos ou vidéos inutiles. Il m’en reste tout de même plus de 1500 après ce premier tri grossier ! Je prends quand même le temps de profiter du paysage et de l’ambiance qui règne ici. Je retiens peu à peu le prénom des quelques 80 hivernants ou campagnards d’été présents sur la base. Il y a de sacrées personnalités ! de sacrés parcours professionnels aussi qui font rêver ou qui donnent envie de se dépasser.

La chaîne des vivres ! crédits : MSA/IPEV

Journal du 13 janvier 2017 (suite) - Arrivée à Dumont d'Urville et découverte de la base.

Nous avons dû quitter l’Astrolabe à plus de 80 km de DDU vendredi 13 janvier car il était impossible  de se rapprocher davantage de la base. Le pack était bien trop dense et le bateau ne peut pas monter sur la banquise. Nous avons fait le reste du trajet en hélicoptère avec nos bagages. Comme nous n’étions que 18 passagers, cela s’est fait en moins de deux heures. Le spectacle de la banquise vu d’en haut est absolument stupéfiant. C’est comme une patinoire gigantesque avec de très gros glaçons échoués çà et là Une immensité de blanc, à perte de vue qui éblouit autant les yeux que la mémoire. Impact émotionnel stocké jusqu’à la fin de mes jours dans les recoins de mon cortex cérébral …

 

Survol en hélicoptère. Vue de la base crédits: MSA/IPEV

Arrivée à DDU, le DisTA – chef du district Terre Adélie – m’indique le bâtiment et le numéro de chambre qui m’est attribué. Mon dortoir est situé un peu en contrebas des bâtiments principaux. C’est le dortoir d’été. Il est plus récent  et donc plus confortable que le dortoir du bâtiment 42 et on y est moins nombreux. Mais il faut le regagner en marchant cinq à dix minutes à travers l’une des manchotières de la base.

Pour l’heure, vu qu’il y a les bagages à transporter, on me propose de m’y déposer  en véhicule à chenille. J’ai à peine le temps de ranger mes affaires dans ma chambre – que je vais partager avec une autre femme déjà présente sur la base – qu’il me faut regagner à pied le bâtiment « Séjour » dans lequel hivernants et campagnards d’été prennent chaque jour leurs repas. Je suis à la lettre les consignes de marche : suivre la corde blanche pour ne pas déranger la colonie de manchots et ne surtout pas prendre le cordon qui mène à la zone amagnétique qu’il est interdit de franchir puisqu’elle contient des équipements très sensibles permettant de mesurer les valeurs absolues du champ magnétique. Je me promène donc à travers les granites et les gneiss sur lesquels sont installés les manchots Adélie aperçus plus tôt en mer. Là je les vois de très près ! De petites « peluches »  qu’on a envie de prendre dans ses bras mais qui sentent mauvais (en raison de leurs déjections blanchâtres très nombreuses) et qui font beaucoup de bruit ! (heureusement, je ne les entends pas au dortoir d’été).

J’arrive au bâtiment séjour. Le DisTA nous accueille à nouveau pour tenir une réunion sur les consignes de sécurité (déplacements sur la banquise notamment) et sur les règles de vie sur la base. Plusieurs endroits seront interdits à la promenade car la glace est fragile par endroit et pourrait céder. Coline et Elodie, deux hivernantes qui s’occupent des oiseaux sur la base, prennent la parole pour nous informer des consignes de respect de l’environnement et de la faune. J’apprends que les manchotières de la base sont dépeuplées par rapport à l’an passé. Très peu de poussins Adélie ont survécu et certains couples sont déjà repartis. C’est encore plus dramatique pour les manchots Empereurs dont le nombre est extrêmement faible. La persistance d’une banquise anormalement étendue en cette période de l’année a obligé les parents à aller de plus en plus loin pour trouver de la nourriture en mer. Le temps de revenir, la majorité des poussins sont morts de faim (ou ont été dévorés par les skuas, des oiseaux carnivores).

Je prends ensuite note des obligations relatives à la vie sur base : aider, chaque samedi, à la « chaîne des vivres » qui consiste à faire transiter de mains en mains le long d’une « chaîne humaine » les rations alimentaires stockées dans les bâtiments « 4°C » et « -20°C »  (en référence à la température de conservation). J’apprends d’ailleurs que les stocks alimentaires sont suffisants pour assurer deux ans d’autonomie à la base, de quoi anticiper d’éventuels problèmes de ravitaillement de la base par le bateau. Autre obligation à DDU : le service base. Chaque hivernant ou campagnard d’été doit donner une journée de son temps pour participer au nettoyage des dortoirs et du séjour, à la vaisselle et au service en salle de repas (dressage et nettoyage des tables, distributions des plats). Ainsi, tous les jours, une nouvelle équipe de trois personnes se relaie pour que la vie en communauté soit possible. Mon jour de service base est fixé au jeudi 19 janvier.

Les repas sont très copieux et l’ambiance est vraiment familiale. Je termine ma journée par un tour de la base pour repérer chaque bâtiment et m’informer de la présence des différents programmes de recherche que je vais suivre.  Je réalise assez rapidement, au gré des rencontres et des discussions que de nombreuses personnes souhaitent communiquer sur la nature de leur travail ici à DDU ! De quoi élargir le recueil d’informations et de quoi s’enrichir humainement aussi ! Je regagne mon dortoir, heureuse de cette journée en collectivité. Il fera bon vivre ici !

Le dortoir d’été: crédits MSA/IPEV

13 janvier 2017 7h52, Presque à terre!

"Pas d'envoi mail du bateau aujourd'hui car nous allons le quitter. Nous sommes encore à un peu plus de 80 km de la base mais le bateau ne parviendra pas à se rapprocher davantage. Le pack est trop compact et ensuite c'est la banquise, sur laquelle l'astrolabe ne peut pas monter. Nous nous apprêtons donc à faire le reste du chemin en hélicoptère ( je suis trop contente en fait !) avec nos bagages. Ce matin vers 3h, il paraît que les baleines ont fait leur apparition. Un spectacle sans nul doute merveilleux ... que j'ai râté ! Mais je continue à me délecter des manchots Adélie qui ont l'air un peu gauche comme ça sur leurs glaçons ... mais qui sont d'une agilité incroyable dans l'eau !"

CLIC'IMMERSION: Vidéo de l'Astrolabe qui casse le pack de glace: VIDEO PACK QUI CASSE

L'hélicoptère de l'Astrolabe - Crédits: MSA/MNHN/IPEV

12 janvier 2017 17h41, En mer, à bord de l'Astrolabe, océan austral 90km du continent Antarctique.

"La nuit dernière fut bonne pour tous. Le roulis a nettement diminué. Réveil à 5h30 : les premiers glaçons et, au loin, le premier berg ! Le spectacle est époustouflant ! Je réalise la chance extraordinaire que j’ai de pouvoir admirer un tel environnement. Comme tous les passagers qui n’ont jamais vu un tel paysage, je prends en photo chaque glaçon qui passe. Chacun est singulier par sa forme et les reflets bleutés qui l’entoure au raz de l’eau. L’Astrolabe se fraye un chemin dans le pack encore disloqué ; la glace cogne contre la coque. Tiens : mon premier manchot Adélie ! Je pense instantanément à mes enfants : « dis maman, tu nous en ramèneras un ? ». J’aurais tant voulu qu’ils soient là ! La magie continue avec les damiers du Cap, les fulmars, les albatros fuligineux, les pétrels géants antarctiques, les phoques crabiers et les phoques de Weddell qui s’agitent tout près de nous.  Cet après-midi, l'hélicoptère a été sorti de la cale du bateau. La manoeuvre pour le hisser sur le pont avec la grue puis pour fixer les pales a duré près d'une heure. Tous les passagers étaient sur le pont ou sur la passerelle pour admirer la dextérité des logisticiens manutentionnaires. En fin de journée, l'hélicoptère est parti en reconnaissance à la recherche d'un chemin dans le pack. Nous sommes encore à 90 km de la base et Stan, le commandant de l'Astrolabe, a pris la décision d'avancer encore d'une quarantaine de kilomètres. Demain matin, les cinquante derniers kilomètres qui nous sépareront de DDU se feront en hélicoptère car l’Astrolabe ne parviendra pas à briser la banquise."

CLIC'IMMERSION: Retrouvez de magnifiques photos de bergs sur le site de L'IPEV (Diaporama paysage-->berg): DIAPORAMA BERGS IPEV

11 janvier 2017 14h41, En mer, à bord de l'Astrolabe, océan austral 300km du continent Antarctique.

"Hier soir, l’ambiance au salon était très plaisante. Nous avons joué aux cartes et puis, deux passagers ont joué plusieurs morceaux de guitare en chantant. Ils avaient un public enthousiaste et joyeux ! Je me suis couchée vers 22h00. Ma nuit fut particulièrement mauvaise. Panne de courant, les moteurs du bateau se sont arrêtés et le roulis fut encore plus intense… Les mouvements droite-gauche du bateau se sont intensifiés et sont accompagnés à présent de roulements du haut vers le bas. Lorsque je ferme les yeux, je ne sais plus bien où je me trouve. Ma boussole interne perd le Nord ! Ce n’est pas la nausée qui me prend. Non. Je suis passablement agacée de vivre dans une sorte de shaker géant, ballottée en permanence. S’ajoutent à cela des bruits permanents et variés de portes qui claquent, de bois qui craque, de moteurs qui vrombissent, de rideaux qui coulissent et s’agitent, d’objets qui tremblent… De quoi se réveiller avec un épouvantable mal de tête ! J’aimerais que cela s’arrête. Je me sens grognon et forcément un peu moins sociable… J’essaye de garder les idées claires en ne restant pas trop longtemps allongée. Il y a deux jours, quand le mal de mer avait pointé le bout de son nez, j’avais passé le plus clair de mon temps dans ma couchette, devenue pour l’occasion un véritable espace de vie. Tout y était étalé à portée de main : l’ordinateur, l’appareil photo, le dictaphone, mes livres, ma musique, les bonbons, la peluche de mes enfants, une bouteille d’eau (j’ai oublié de vous dire que l’eau qui sort des robinets est marron, donc imbuvable !). Une vie aménagée dans deux mètres carrés : je n’en garde pas un souvenir palpitant ! J’ai hâte que l’on atteigne le pack, au moins le bateau ne bougera plus autant. Ce soir, peut-être, aurai-je l’occasion de voir mon premier berg ? Ce qui est sûr c’est que le froid s’installe. Des courants d’air s’insinuent entre les cloisons de ma couchette. Dehors, il neige et la faune commence à changer. Elle devient franchement antarctique. Les pétrels des neiges et les pétrels bleus sont désormais bien visibles tandis que les oiseaux des subantarctiques se font rares. J’ai retrouvé le sourire avec un steak-frites-beurre d’escargot servi au déjeuner. Décidemment, la nourriture est capitale sur ce bateau ! Une sieste postprandiale s’impose pour tout le monde. Mais je crois que je ne vais fermer l’œil qu’à moitié …"

10 janvier 2017 9h41, En mer, à bord de l'Astrolabe, océan austral - Passage du front polaire 53°S

Des bonnes nouvelles! "Hier après-midi, j’ai passé pas mal de temps à somnoler comme la plupart des passagers. Lutter contre la gite et le roulis est fatiguant surtout quand cela ne s’arrête jamais ! Le soir, j’ai envoyé quelques courriels dans la salle des ordinateurs situé dans la cale du bateau : grave erreur ! Le mal de mer y est encore plus intense loin de tout hublot et de tout horizon. Je me suis allongée et j’ai pris 1 comprimé contre la nausée. J’ai très bien dîner ensuite. Au menu, une petite salade de choux et poivron crus en entrée, suivi d’encornets et d’une purée maison, de fromage et de grappes de raisins. J’ai passé ensuite une très bonne nuit après m’être acquittée de mes « devoirs » liés à l’expérience en cours sur le mal de mer. Il faut dire que j’ai définitivement changé de couchette pour dormir dans l’axe Avant-Arrière du bateau. J’ai pris la grosse combinaison de sécurité et de gros coussins pour me caler à droite et à gauche et limiter ainsi le roulis. Je garde les boules quies car les moteurs du bateau font beaucoup de bruit. J’ai enfin passé une nuit complète sans me réveiller ! A 6h00, j’avais une pêche d’enfer et pour une fois j’ai pu faire dans les temps les tests de réactivité et le recueil de cortisol salivaire pour l’expérimentation sur le mal de mer (à faire au réveil puis 30 minutes après le réveil). Je pense être totalement amarinée ! Je vis « bateau » désormais ! Ce matin, j’ai suivi un petit groupe de six hommes pour faire un peu de sport. C’est Mathieu, le médecin du bateau qui a proposé une séance de trois quart d’heure de gainage, abdos, pompes et étirements. Nous nous sommes installés où nous pouvions, dans le salon et l’un des couloirs. Cela nous a fait beaucoup de bien et nous avons beaucoup ri parce qu’il fallait suivre les mouvements du bateau ! Le temps est à la pluie ce matin. Difficile d’observer de nouveaux oiseaux. Nous avons beaucoup de chance car Jérôme Fournier est avec nous sur le bateau et il est ornithologue. Le recensement de la faune est donc aisé. C’est lui qui identifie les oiseaux sur les photos que je prends. Avant-hier, j’ai ainsi cru apercevoir un puffin fuligineux alors qu’il s’agissait d’un Pétrel à menton blanc… Bon j’ai toujours autant de mal à les distinguer, même avec un clé d’identification ! Je sens la fraîcheur arriver. J’ai enfin chaussé mes charentaises et de grosses chaussettes. On a passé le front polaire (ou convergence antarctique) – au-delà de 53°S – , mur invisible le long duquel les eaux de surface de l’océan austral et les eaux subantarctiques ne se mélangent plus. En surface, les eaux deviennent plus froides, plus denses, plus oxygénées et moins salées ; cela crée une barrière à la dispersion des espèces qui deviennent de ce fait endémiques, au Sud de ce front."

9 janvier 2017 9h41, En mer, à bord de l'Astrolabe, océan austral 532 km de Hobart.

"Etat de forme pas terrible aujourd'hui. Le bateau bouge énormément. Il m'est d'ailleurs difficile d'écrire là. Les objets valsent, les portes claquent et on se cogne fréquemment. La nuit dernière fut agitée. Ma couchette est orienté tribord-babord, parallèlement au sens de mouvement du bateau ce qui n'arrange pas les choses ! En plein milieu de la nuit, vers 00H30, j'ai décidé de grimper sur la couchette située au dessus de l'une de mes deux camarades de cabine. Elle est mieux orientée. j'ai pris quelques bleus au passage, tout devient extrêmement acrobatique. J'ai quand même réussi à prendre une douche. Il faut apprendre à ne pas résister aux mouvements du bateau mais à les suivre. le petit déjeuner n'est pas passé, la nausée me gagne à nouveau. Je suis allée prendre l'air sur le pont. J'ai dû m'accrocher ! J'ai pu prendre en photo l'albatros timide et le puffin fuligineux. Je retourne me coucher ... A bientôt ! "

CLIC'IMMERSION: Cliquez sur ce lien pour vous mettre à la barre de l'Astrolabe sur mer cahoteuse! Attention au mal de mer VIDEO ASTROLABE QUI TANGUE

 

8 janvier 2017 7h40 - En mer à bord de l'Astrolabe, océan austral. 414 km de Hobart

"Hello, Aujourd'hui, le 8 janvier 2017, le bateau avance sur l'océan austral. La mer n'est pas trop agitée mais comme le bateau n'est pas prévu pour le tangage et le roulis, cela bouge pas mal quand même ! Hier soir, le médecin du bateau a absolument tenu à me coller dans le cou un patch contre le mal de mer car j'ai eu des difficultés à manger. Au dîner, il y avait pourtant de délicieuses pâtes carbonara mais la sauce m'écoeurait... Je suis sortie sur le pont pour prendre l'air et regarder l'horizon, un bon remède contre le mal de mer ! J'ai pu dormir correctement mais le patch à des effets secondaires que je n'apprécie guère comme la somnolence, la bouche sèche, la confusion, la difficulté à se concentrer. Cet après-midi, j'ai décidé de l'ôter... Ce n'est peut-être pas une bonne idée puisque les deux prochains jours, la mer sera plus difficile ! J'ai retrouvé mon appétit. Au menu du déjeuner, une entrée à base de saumon fumé, un plat de canard à l'orange et une salade de fruits pour le dessert. J'ai passé pas mal de temps à archiver les nombreuses photos et vidéos que j'ai déjà prises. J'ai aussi poursuivi l'expérimentation sur le mal de mer qui nous occupe beaucoup tant il y a de questionnaires à remplir et de tests à passer 4 fois par jour. Cela rythme un peu le quotidien. Nous avons également joué au rami et à la belote. Puis j'ai interviewé Céline Tuccelli qui sera le futur commandant du nouveau bateau Astrolabe (en cours de construction). Elle travaille dans l'armée, à la marine nationale. J'ai aussi fait un petit tour à la passerelle pour recueillir les données météo et la position de bateau. Toutes ces informations sont consignées dans un grand cahier, chaque matin et après-midi. Il est 18h, dans une heure ce sera le dîner mais avant, il faut absolument que je dorme un peu ! Bises, Annabelle" Clic droit et "afficher l'image" pour agrandir

7 janvier 2017, 17h42 Port de Hobart (Tasmanie)

" Coucou, Cette fois, je prends le temps de te donner un peu de nouvelles avant, peut-être, d'avoir le mal de mer et de rester clouée au lit (il parait qu'une mer agitée nous attend). Nous venons de quitter Self Point (ndlr: port de Hobart) cet après-midi 6 janvier à 14h30. Il fait grand soleil et chaud (30°C). On a tous passé pas mal de temps sur le pont à regarder le paysage de la baie de Derwent River. Nous sommes 18 passagers (plus le personnel naviguant) ce qui est plutôt confortable. Ce midi nous avons très bien déjeuné, le cuisinier fait des merveilles ; petite salade d'avocat et saumon fumé en entrée suivi de pilons de poulet, pommes de terre grillées et poivrons, puis du fromage et une mangue. Les horaires de repas sont très stricts : 7h à 8h pour le petit déjeuner, 12h pour le déjeuner et 19 h pour le dîner. Tout le monde est vraiment agréable sur le bateau. Je dors avec deux autres femmes dans une cabine prévue jusqu'à 6 personnes. Certains passagers ont commencé à mettre un patch préventivement. Pour l'instant, j'attends encore. Là, ça commence un peu à tanguer mais c'est gérable. Un des deux médecins à bord réalise une expérience sur le mal de mer. Nous sommes 7 à nous être portés volontaires. C'est un peu contraignant (nombreux questionnaires à remplir tous les jours, des tests de réactivité et un coton à imprégner de salive - pour une quantification du taux de cortisol - 4X/jour, et une montre un peu spéciale à porter pour relever l'activité quotidienne. C'est bientôt le temps de dîner. Je vais un peu m'allonger avant car les dernières "nuits" furent vraiment courtes. Annabelle" Clic droit et "afficher l'image" pour agrandir

4 janvier 2017,Trajet de Strasbourg à Hobart :

Départ TGV Strasbourg - Paris CDG
Départ 4/01/2017 - Paris CDG 21:35 Arrivée 7:20 Dubai (J+1)
Départ 5/01/17 Dubai 9:35 Arrivée 6:30 Sydney (J+1)
Départ 6/01/17 Sydney 10:35 Arrivée 12:30 Hobart
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CLIC'MMERSION: Attérissage à l'aéroport de Dubai : https://www.youtube.com/watch?v=IyefSfEQbLI (Crédits:Travel Curiosity)

11/07/16 Le journal pré-mission de Concarneau par Annabelle Kremer :

Embarquement presque imminent! De sa plus belle plume, revivez avec Annabelle l'immersion proposée à nos enseignants stagiaires à la station de biologie marine de Concarneau en juillet dernier. Notre future exploratrice polaire vous raconte cette première expérience bretonne dans un article journal de bord. Bonne lecture et bon voyage au pays des chercheurs! Lundi, 11 juillet 2016, 14h26 : arrivée en gare de Rosporden. "Un peu assommées par le trajet, mes collègues enseignantes et moi-même venons de traverser la France d’Est en Ouest pour avoir l’opportunité de participer, durant trois jours, à un atelier scientifique dédié à la taxonomie et à la systématique de la faune benthique Antarctique. Trois jours pour s’immerger avec des chercheurs. Trois jours pour en retirer des enseignements précieux sur le fonctionnement réel de la recherche. Une expérience à partager, plus tard, avec nos élèves. Sur le quai, on nous attend déjà. Guillaume Lecointre, professeur du Muséum National d'Histoire Naturel (MNHN) et Anne Boulet, étudiante en Master de biologie nous accueillent pour nous emmener à quelques kilomètres de là, à la station de biologie marine de Concarneau. On aperçoit aussi nos collègues enseignants et formateurs qui ont participé à la session précédente, un large sourire aux lèvres, visiblement comblés par cette aventure bretonne. Pas vraiment le temps de souffler, juste le temps de déposer nos bagages dans nos chambres et nous voilà plongées dans un bain scientifique de haut niveau au sein du laboratoire de la station dans lequel s’activent chercheurs nationaux et internationaux, chacun à une paillasse mais tous réunis dans une seule et même petite salle où règne une ambiance à la fois studieuse et dynamique. On commence à comprendre leur travail : identification de spécimens benthiques, collectés lors des quatre dernières années sur le grand continent blanc par le programme de recherche REVOLTA et antérieurement, la campagne franco-australienne CEAMARC. Un travail titanesque … Ça parle anglais, ça sent la mer et l’éthanol." [Suite de l'article ici] Action de développement professionnel « Embarquez en Antarctique », proposée par les Maisons pour la science en Alsace et en Bretagne et soutenue par l’IPEV et le MNHN http://www.institut-polaire.fr/embarquez-antarctique-offre-de-developpement-professionnel-lenseignement-sciences/ http://www.maisons-pour-la-science.org/node/10305 Retrouvez ici la page média de la Maison pour la science en Alsace : Les médias sont venus nous rendre visite à Concarneau Annabelle Kremer, formatrice pédagogique, Pour toute l’équipe de la Maison pour la science en Alsace. Merci à Jean Daniel Hihi, Elena Iuliani, Mélodie Faury, Emmanuel Baroux et Virginie Lanno.  (Crédits image IPEV/MSA/MNHN)